• Une vie tranquille, de Claudio Cupellini (Italie, 2010)

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Où ?

Au ciné-cité les Halles

Quand ?

Dimanche matin

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

Sorti très en retard (neuf mois après l’Italie, en novembre 2010), comme à reculons, Une vie tranquille tire finalement tout à fait son épingle du jeu dans cet été pas comme les autres, où séries B exotiques – Attack the block, The murderer – et films d’auteur – Melancholia, La piel que habito, La guerre est déclarée qui vont arriver successivement en août – volent la vedette à une production hollywoodienne d’un niveau d’ensemble bien terne. Drame humain sur fond de thriller mafieux, Une vie tranquille constitue une intéressante transition entre les deux mondes, de la série B et du film d’auteur. L’histoire de Rosario, que ses anciens complices criminels connaissent sous le nom d’Antonio, est façonnée selon un modèle classique : s’y opposent l’aspiration d’un homme à une vie nouvelle, lavée des péchés commis auparavant, et le poids de ce passé que d’autres n’oublient pas et qu’ils comptent bien lui faire payer.

Une vie tranquille est à ranger dans la colonne « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ». Car le long-métrage auquel aboutit Claudio Cupellini sur la base de cette histoire est de très bonne facture. Son scénario en est son seul point légèrement faible, car on y rencontre certains errements et indulgences au moment de combler l’espace entre une situation de départ et un point d’arrivée tous deux également puissants. La présence du second, qui permet de conclure de manière assurée – et glaçante – le parcours moral de Rosario, empêche toutefois le récit de trop dévier de sa route. C’est dans la transition du papier à l’écran que Une vie tranquille devient remarquable, car il n’y a par contre rien à redire au sujet de sa mise en scène et de son interprétation. Cupellini n’invente rien, mais il se montre très doué dans son exercice des codes du polar à l’européenne actuel, dur et désenchanté. Métallique plus qu’organique. La musique, la photographie, le choix des décors et des cadrages, la cohabitation de langues et cultures distinctes (l’Italie et l’Allemagne), tout concourt à l’instauration de cette forme de stase dans laquelle sont figés les personnages, rendus impuissants par l’écart entre leurs aspirations intimes, leur manque de prise sur les évènements, et la violence globale du monde. Cette froideur est la dominante du film, mais elle ne fait pas obstacle au développement du suspense. L’intrigue faite de trahison et de vengeance trouve elle aussi entre les mains du réalisateur une expression cinématographique forte. Cupellini sait tout à fait quand rompre la rigueur de son film, par l’emploi de plans rapprochés et d’inserts essentiellement, afin de basculer sur une voie plus tendue et dangereuse.

Enfin, Une vie tranquille ne serait évidemment rien sans l’incarnation de Rosario par Toni Servillo, vu dans Gomorra et Il divo. Aux antipodes de celui qu’il tenait dans ce dernier, le rôle principal de Servillo dans Une vie tranquille est rendu tout aussi marquant par l’acteur. Servillo rend réelles chacune des facettes du personnage – père et mari aimant, cuisinier talentueux et exigeant, vieil homme terrifié à l’idée de mourir et de tout perdre, tueur animal doté d’un instinct de survie supérieur. Sur ce dernier aspect de Rosario, le plus profondément enfoui, il légitime ainsi pleinement le choix de Cupellini de ne pas recourir à des flashbacks pour nous en exposer la réalité. L’intensité dont se montre capable Servillo suffit à faire vivre Rosario le criminel juste sous la surface de Rosario le citoyen modèle.

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