• Une vie meilleure, de Cédric Kahn (France, 2011)

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Où ?

Aux Cinq Caumartin, dans la grande salle

Quand ?

Jeudi soir, à 20h, avant Les acacias

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

C’est toujours spécial de retrouver un réalisateur que l’on pensait égaré durablement (voire définitivement) dans les limbes de l’absence d’inspiration et de vitalité. Cela arrive aux plus grands (Coppola, les Coen), c’est également arrivé à Cédric Kahn qui après avoir enchaîné un bon – L’ennui – et un très bon – Roberto Succo – films au tournant des années 2000 s’est ensuite embourbé dans des récits des moins en moins inspirés et inspirants. L’enchaînement de l’essoufflé Feux rouges, de l’improbable L’avion et du médiocre Les regrets au cours de la décennie écoulée ne laissait pas franchement d’espoirs quant à ce qu’allait pouvoir donner Une vie meilleure. La surprise n’en est que plus belle, ce film renouant presque entièrement avec tout ce qui faisait la réussite secouante et asphyxiante de Roberto Succo.

Yann (Guillaume Canet, pas mal même aux yeux du non fan que je suis) et Nadia (Leïla Bekhti, très bien) se rencontrent par hasard alors que lui s’est fait rembarrer pour un boulot dans le restaurant où elle travaille. Ils se mettent ensemble, lui s’occupant volontiers de son fils à elle, Slimane, 9 ans, qu’elle élevait seule. Ils se lancent dans le projet d’acheter et retaper un restaurant, forçant le destin en constituant leur apport financier à partir de crédits revolving et en tentant de passer outre les exigences de sécurité. Ça casse au lieu de passer, et commence alors la lente noyade, aussi banale – séparation, surendettement, déclassement social – qu’inexorable puisque personne autour n’a les moyens ou bien l’envie de tendre la main pour aider. Grâce à sa justesse et sa sobriété de ton (dans une veine proche du récent Toutes nos envies), Une vie meilleure se hisse au rang de conte moral accompli sur la brutalité sourde de la société dans son état actuel, et le mirage cynique de l’argent facile, en vérité réservé à un petit nombre. Les 99% d’impuissants sont enjoints à ne pas s’extraire de la case qui leur est attribuée, et les 1% de puissants abusent (in)justement de leur petite parcelle de pouvoir. Pour avoir voulu nier cet ordre établi, au moyen de leur logique utopiste (voulant croire à une élévation et voir en chaque échec un tremplin vers un succès forcément plus éclatant), Yann et Nadia sont châtiés – jamais spectaculairement, toujours durement.

La réalité se charge de blesser les deux héros, et Kahn a l’intelligence de ne pas en rajouter. Il est à leurs côtés, non pas a posteriori et de manière retorse, en pleurant des larmes de crocodile sur leur malheur dont il tirerait son émotion facile, mais dans le moment présent, dans l’action, le mouvement. Il épouse leur vision et leur urgence, menant son film comme eux mènent leur vie. Une vie meilleure devient une fuite en avant permanente, grisante et angoissante à parts égales. Il impressionne par sa grande économie d’effets, d’écarts dans la mise en scène, autant que par la concision et le mordant de son montage, qui fait progresser le récit de sorte à ce que l’on soit toujours sur la brèche. Une vie meilleure raconte une histoire simple, de la manière la plus simple et directe possible. Le temps et l’énergie ainsi économisés (la majorité des séquences et des liaisons surprennent par leur brièveté ; les quelques autres sont celles qui fonctionnent moins) sont mis au service d’une audace permanente, qui pousse Kahn à ne jamais arrêter d’aller plus loin sur la route qu’il a commencé à tracer. L’ampleur du chemin ainsi parcouru en 1h45 par les personnages impressionne, tout comme la dernière ligne droite, aussi loin que le Canada, gonflée sur le principe[1] et désarmante à l’écran.

[1] règle empirique du mélo, fréquemment vérifiée : plus c’est gros, mieux ça passe

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