• Rabbit hole, de John Cameron Mitchell (USA, 2010)

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Où ?

Au MK2 Quai de Seine

Quand ?

Lundi soir, à 20h, en avant-première

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

Rabbit hole est un drame humain (un couple endeuillé par la mort dans un accident de leur fils de quatre ans), sans êtres humains. Les deux personnages principaux sont des coquilles vides, sans réalité aucune : pas de passé, pas de présent, pas d’avenir. Ils sont intégralement définis par leur deuil, et ressemblent en cela aux cobayes du film Dark city, auxquels sont inoculés des contextes de vie créés ex nihilo afin de tester leurs réactions. L’empire de cette facticité ne se limite pas aux protagonistes, mais s’étend sur toutes les terres du film, rigide et stérile à l’extrême. Le cadre de vie des personnages n’évoque aucun lieu réel, il est inanimé, en carton-pâte quand bien même le long-métrage a été tourné en décors extérieurs. Les seconds rôles ont eux une dimension, mais qui se confond si exactement avec leur fonction dans l’histoire que cela fait d’eux des automates assignés chacun à sa tâche préprogrammée.

Cela n’a rien à voir avec un récit de deuil, c’est une expérience désincarnée, un exercice purement mécanique sur le sujet. Qui est de plus par moments très mal écrit, entre circonvolutions alambiquées pour provoquer des événements (summum : la-vidéo-du-fils-décédé-effacée-par-erreur-du-téléphone-du-mari-par-l’épouse-qui-ne-sait-pas-s’en-servir-et-y-cherchait-le-numéro-d’un-ouvrier-pour-des-travaux-à-faire-dans-la-maison, tout ça pour qu’entre elle et lui éclate une altercation) et scènes de conversations qui ne sont que des prétextes à des discours convenus sur la vie, la mort, et tout le reste. Ces blocs de platitudes nous sont assénés avec une conviction qui ne laisse malheureusement que peu de doute quant à la haute estime que Rabbit hole, œuvre pontifiant à tout-va sur l’existence depuis sa tour d’ivoire sans rien ressentir réellement, a de soi-même. Un exemple résume bien sa prétention : voilà un film qui interdit formellement tout contact physique entre ses deux personnages principaux, pour pouvoir faire son plan final sur le rapprochement de leurs mains.

Face à un tel matériau, où toutes les émotions accessibles à l’humain sont cultivées sous serre, sans vérité, la mise en scène et en musique est dans l’incapacité de trouver une ligne directrice, une assise sur laquelle se construire. Le réalisateur John Cameron Mitchell semble comme anesthésié. Si joyeusement provocateur et animé dans ses précédents Hedwig and the angry inch et Shortbus, ici enclavé dans une vision morose du monde où le sexe au sein du couple est visiblement plus un devoir qu’un plaisir et où fumer de l’herbe est une transgression de haut niveau, il applique maladroitement des formules toutes faites de mise en scène dramatique qui lui font confondre délicatesse et froideur, non-dit et apathie. Rabbit hole est un film encore plus mort à l’intérieur que sont censés l’être ses personnages. Pour ce qui est d’un film vivant, et véritablement juste et bouleversant sur ce thème du deuil d’un enfant, (re)voyez La chambre du fils de Nanni Moretti.

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