• Un week-end du 11 novembre à oublier (et pas juste pour sa météo) : Buried de Rodrigo Cortes (Espagne-USA, 2010), et Belle épine de Rebecca Zlotowski (France, 2010)

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buried-1Où ?

Au Max Linder Panorama, où Buried fait la jonction entre The social network et la première
moitié de Harry Potter 7, et au ciné-cité les Halles pour Belle épine

Quand ?

Jeudi après-midi et dimanche après-midi

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Passé par toutes les étapes festivalières du chemin du buzz (Sundance, Toronto, Deauville, et quand même l’Etrange Festival pour rappeler qu’il s’agit d’un pur film de genre),
Buried n’a en définitive pas grand-chose de plus à offrir que son pitch générateur du buzz en question. À savoir : un homme enterré vivant dans un
cercueil, qui cherche – évidemment – à se tirer de ce fort mauvais pas, et avec qui nous allons passer chacune des 90 minutes que dure le film. Voilà l’idée principale de
Buried, ne rien nous montrer de ce qui se passe à l’extérieur du cercueil, que ce soit chez les ravisseurs irakiens, chez les proches du héros Paul ou chez les officiels
américains qui tentent de le sauver. De tout cela nous n’aurons que des échos via des voix à l’autre bout du fil – Paul s’étant vu remettre, entre autres objets, un téléphone portable qui capte
des miettes de réseau.

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Le problème, de taille, est que cette idée centrale est en réalité la seule. Une fois mise en place la situation, qui s’adosse avec malice à l’assaut mené par les USA en Irak (très belle
réplique, du kidnappeur : « if you’re american, then you’re soldier »), le scénario de Buried est à sec. Il s’apparente à la retranscription d’un
brainstorming foutraque ayant pour sujet les péripéties concevables à partir d’un tel point de départ. Les ébauches de suggestions se retrouvent jetées à l’écran sans avoir été affinées, et
surtout sans qu’aucune connexion ou logique dramaturgique ne les relie en un tout cohérent. Le passage d’un serpent, les exigences fluctuantes des ravisseurs, la communication de Paul avec son
employeur cherchant essentiellement à couvrir ses propres arrières, sont autant de choses désaccordées, et qui donnent finalement l’impression d’être là pour apporter de la substance ; pour tenir
la distance. Défi à relever qui est la substance de Buried, plutôt qu’une histoire convenable à raconter. Autant dire que le film ne repose sur rien, surtout qu’aucun
effort n’a été fait pour développer les personnages et que la mise en scène est rigoureusement passive – elle ne fait qu’enregistrer le défilement des pages du script, sans rien à proposer
d’intéressant en elle-même.

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Au-delà de ses lacunes spécifiques, si l’on prend un peu de recul Buried doit peut-être aussi son ratage à la tendance actuellement dominante dans les films d’action et
de suspense. Une tendance au cynisme et au soupçon généralisé, qui considère que personne n’est entièrement digne de confiance et que tout récit est potentiellement un coup monté. Or une telle
conception des gens et des faits entrave inévitablement la bonne marche d’un récit bouillonnant ; impossible pour l’implication du spectateur dans les événements qui lui sont présentés et pour
son taux d’adrénaline de grimper et de se maintenir à un niveau élevé, si le film qu’il observe passe son temps à s’interrompre pour mettre en doute tout et tout le monde.
Buried se vautre copieusement dans ce faux suspense fallacieux, en étant incapable d’enchaîner plus de deux scènes sans passer par une conversation au cours de laquelle
Paul s’énerve à remettre en cause l’authenticité des statuts et des objectifs de ses correspondants téléphoniques, quels qu’ils soient. Buried, petit coup d’un petit
malin n’est dès lors plus un film d’action mais de bavardage stérile, et la trace qu’il laissera dans nos mémoires est infinitésimale par rapport à la séquence du cercueil, qui elle ne dure pas
plus de cinq minutes, de Kill Bill.

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Trois jours plus tard, quelques heures avant que Gaël Monfils traverse comme un zombie sa finale du tournoi de Bercy chèrement obtenue la veille et achève de faire de ce week-end prolongé un
moment à effacer de ma mémoire, je suis allé voir le français Belle épine. Le film affiche jusqu’à la caricature sa provenance cinématographique, en étant un énième – et
malheureusement peu inspiré – représentant d’une tradition nationale de récits introspectifs se concentrant sur la psychologie de leur personnage principal. De grandes œuvres sont bien sûr
sorties de ce moule, mais elles sont entourées de quantité de films très oubliables ; particulièrement ceux qui, comme Belle épine, choisissent un sujet aussi ressassé
que celui de l’adolescence, ses premiers émois et ses premiers désirs de rébellion, et le ratissent avec une psychologie bombardée à l’arme lourde. L’héroïne du récit, Prudence (Léa Seydoux, qui
comme dans La belle personne réussit
très bien à exprimer beaucoup en en faisant peu), a 17 ans, un père absent et une mère récemment décédée, et donc une furieuse envie de tracer sa route en dehors des clous – le personnage de la
grande sœur servant à symboliser cette option repoussoir. L’alternative de Prudence à la normalité balisée sera le monde des courses sauvages de motos dans la zone des entrepôts de Rungis, la
nuit.

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Le bruit, le danger des machines, la vitesse, la virilité de cet univers constituant un complément parfait à la maturité sexuelle de Prudence qui ne demande qu’à être consommée : tout y est, et
ce décor agrémenté d’une bande-son électro inquiétante réussie est sans discussion une base tout à fait valable. Mais la réalisatrice Rebecca Zlotowski n’en fait pas grand-chose, à cause d’un
récit tout en ellipses qui étouffe complètement les personnages secondaires, laisse Prudence seule avec sa catharsis, et limite grandement la portée de cette dernière. Sous sa forme à ce point
ramassée (1h20), Belle épine ne nous convie pas à suivre le destin d’un personnage mais l’exposé d’un cas d’école de révolte adolescente passagère, et de sa terminaison
une fois le tabou extrême – la mort – touché du doigt. Le vrai film reste à faire.

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