• L’école du pouvoir, de Raoul Peck (France, 2009)

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Où ?

A la maison, en VOD Canal+

Quand ?

Lundi soir, et le même jour la semaine dernière

Avec qui ?

Ma femme

Et alors ?


Les fictions politiques françaises sont trop rares pour que l’on se permette de
dédaigner l’ambitieuse tentative de Canal+ de faire un double téléfilm sur ce thème. La réussite de L’école du pouvoir peut se mesurer à l’aune du relatif sentiment de déception
sur lequel le film se clôt. Si la durée fixée à deux fois deux heures s’avérait dure à remplir pour le récent Rien dans les poches issu de la même chaîne, elle est ici presque trop réduite et pousse à une conclusion
troussée à la va-vite, qui ne rend pas hommage à la complexité étalée auparavant. Tel qu’il était lancé, L’école du pouvoir avait de la matière pour remplir aisément un ou deux
épisodes supplémentaires.

Une fois ce léger regret évacué, ne reste en mémoire que le souvenir d’une démonstration d’excellence. Le quatuor de scénaristes aux manettes – épaulé par le fameux réalisateur anglais Peter
Kosminsky, grandement remercié au générique – décrit le parcours d’Abel, Caroline, Laure et Matt, élèves de l’ENA d’inclination socialiste qui deviennent hauts fonctionnaires dans les cabinets de
l’Élysée et des ministères après 1981. Ce quartet a lui aussi son joker en la personne de Louis, le frère de Laure qui se fond dans le moule privilégié et suffisant de ses origines bourgeoises
avec autant d’ardeur que sa sœur en met à le rejeter. C’est là un exemple parmi d’autres de la finesse d’écriture de l’ensemble : à côté des oppositions fondamentales entre les personnages de
gauche et celui de droite, qui alimentent abondamment la part politique de son histoire, L’école du pouvoir s’attache à montrer les affinités sincères qui unissent le groupe, nées
sur les bans de l’école.

Le film s’attarde longuement sur cette période des études à l’ENA (la quasi-totalité de la première moitié y est consacrée), et a en cela doublement raison. Raison sur le court terme : comme
d’autres corps de métier exceptionnels – au sens objectif -, celui de la politique se prête à merveille à l’intrusion cinématographique qui en détaille les étapes du parcours, s’immisce dans les
lieux à la fois anodins et spéciaux où à lieu l’apprentissage, en bref remplit sa fonction documentaire, avec talent et efficacité. Cette longue phase de mise en place, du récit tout autant que
de la personnalité de chaque protagoniste, est également payante sur la durée. Elle offre à la suite du film une base solide sur laquelle développer sans peine un faisceau foisonnant d’intrigues
de fiction, aussi bien sentimentales que psychologiques, rapprochant les héros, les éloignant ou provoquant des clashs entre eux. L’école du pouvoir mêle avec brio et limpidité
petites et grandes histoires, dans un contexte particulièrement favorable – l’époque charnière des premières années de président de François Mitterrand, qui peuvent aussi être vues comme les
dernières heures de la prédominance politique sur l’économique et la sacro-sainte « loi du marché ».


Voir un chant du cygne dans cet éphémère triomphe du socialisme trop vite suivi par la gueule de bois du tournant de la rigueur est le choix fait par le film – en partie à cause de cette satanée
fin abrupte, qui l’empêche d’aller plus avant dans le destin de ceux qui claquent la porte plutôt que de renoncer à leurs idéaux comme de ceux qui se convertissent au « principe de
réalité » à l’heure des désillusions. L’école du pouvoir donne le sentiment de donner légèrement raison aux premiers, mais conserve dans sa manche de quoi renverser la
balance en rattachant en filigrane les choix de carrière des uns et des autres au rapport qu’ils entretiennent avec leur passé familial et intime. Ceux qui restent dans la politique au final sont
ceux qui réussissent à panser leurs déchirures et dépasser leurs rancœurs ; ceux qui triomphent d’eux-mêmes, et cela quelque soit leur camp. Ainsi, le film parvient à aller au-delà des querelles
de clochers et des jugements moraux, pour donner une définition de l’action politique. Et laisser à chacun le soin d’adapter celle-ci à ses convictions.

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