• John Rambo, de Sylvester Stallone (USA, 2008)

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rambo-2Où ?

A la maison, en DVD (version director’s cut, ce qui se traduit essentiellement par plus de plans de viande hachée)

Quand ?

Mardi soir

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

 

Celui-là, c’est un vrai nanar. Un nanar intrigant, car il se refuse de bout en bout – et sciemment – à exister, à faire s’articuler un récit scène après scène. Le nihilisme de son personnage
principal, revenu de trois précédents films et autant de guerres traumatisantes, lamine toute tentative dans ce sens. John Rambo n’est plus un homme, mais la cible de la hantise provoquée par ces
expériences passées – une étonnante scène de cauchemar constituée à partir de flashes des volets précédents l’exprime frontalement. Autour de lui, le film ne propose aucune rupture. Il endosse
lui aussi une apparence de cauchemar, mais éveillé cette fois. Les personnages secondaires y sont réduits à des figures archétypales, dont la seule raison d’être est de créer les conditions d’un
affrontement sanglant. Quand au contexte de ce dernier, aux lieux visités et aux dialogues échangés, ils ne forment pas une charpente solide sur laquelle le film s’adosse mais un squelette émacié
au maximum. Enfin, comme dans un cauchemar, le récit suit un mouvement répétitif angoissant et sans dérobade. Rambo embarque les membres d’une ONG à bord de son bateau, les fait remonter le
fleuve jusqu’à un village birman ; puis il se voit demander de reproduire exactement le même parcours avec un groupe de mercenaires, embauchés pour sauver les humanitaires pris en otage par
l’armée birmane.

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Tout le propos de John Rambo est resserré sur deux scènes. C’est à l’opposé de Rocky Balboa, l’autre rappel de mythe mis en scène par Stallone qui y tissait un récit conséquent de
la première à la dernière minute, et ce n’est bien évidemment pas bon signe. Ces deux scènes sont un monologue de Rambo dénonçant le carnage organisé et la terreur absolue qui sont ce à quoi se
résume toute guerre ; et un montage parallèle acide entre la satisfaction candide des humanitaires arrivés à bon port pour effectuer leur mission, et la besogne écœurante de Rambo qui à
l’abri des regards doit effacer les traces du triple meurtre qu’il a dû commettre pour amener ses passagers là où ils le voulaient. La conscience du film est enfermée à double tour dans ces deux
séquences ; le reste est un dispositif de jeu vidéo bête et méchant avec un héros, une mission, un terrain de jeu, des bad guys à tuer par dizaines et les armes pour le faire, et
des « NPC » (non-playable characters) pour garnir l’espace. Agencé de la sorte, John Rambo tombe dans le principal travers menaçant ce genre de jeu :
proposer un massacre décérébré, vide de sens et autosuffisant, qui se repaît de nos plus bas instincts. Le – gros – problème est qu’à force de ne rien chercher à dire, on dit dans cette situation
des choses crasses et barbares. Toutes les séquences exposant la méchanceté pléonastique des méchants, puis leur punition (ou plutôt : leur éradication de la surface terrestre), autant dire
90% du film, sont interminables et franchement rances. Mais aussi, et heureusement, tellement dénuées d’humour dans leur enchaînement de poncifs qu’elles en deviennent involontairement drôles.
Cette nature « nanaresque » de John Rambo permet de trouver une échappatoire par le rire. Sinon, il y aurait sérieusement de quoi pleurer de rage.

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