• Gimme shelter, de David et Albert Maysles (USA, 1970)

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Où ?

À la maison, sur Arte

Quand ?

Hier soir

Avec qui ?

Seul

Et alors… ?

Entre 2 programmes où le « summer of love » apparaît dans toute sa splendeur (concert de Hendrix à Monterey, comédie musicale Hair…), Arte a eu la bonne idée d’intégrer à son cycle des ouvertures sur les aspects plus sombres du mouvement, qui l’ont mené à sa perte. Le documentaire Gimme shelter couvre ainsi le gigantesque concert gratuit donné par les Stones à Altamont en décembre 1969, qui tourna au fiasco avec de multiples bagarres entre les Hell’s Angels qui assuraient le service d’ordre et des spectateurs. Ces affrontements interrompirent à plusieurs reprises les différents groupes présents, occasionnèrent des blessés et même un mort. Et signèrent de manière sourde mais certaine la fin d’un rêve, la fin d’une époque.

Le meilleur symbole en est qu’à de rares exceptions près, toutes les plus grandes chansons des Stones sont déjà là, de Satisfaction à Brown sugar en passant par Jumpin’ jack flash. Le groupe est alors au sommet de sa créativité et de sa popularité, comme le montrent les images de concerts et d’interviews qui remplissent la première moitié du documentaire. Les salles sont pleines, les tubes s’enchaînent et les Stones, qui ont raté Woodstock, peuvent même se permettre d’organiser leur propre sauterie en plein air, dans la région de San Francisco. Pour couvrir le show et sa préparation, ils engagent les frères Maysles. Le film de ces derniers n’est donc pas la déconstruction a posteriori d’un drame, mais bien la captation en temps réel des événements. Cela lui donne une valeur bien plus grande et met en avant le talent de documentaristes des Maysles, car il ne suffit pas d’être là ; il faut aussi savoir filmer ce qui compte sans droit à 1 seconde chance.

La gageure est relevée haut la main, et Gimme shelter n’a à aucun moment besoin d’aides extérieures – interviews, coupures de presse. Toutes les images nécessaires sont là, même et surtout dans la seconde moitié, qui couvre les 24h du concert proprement dit. La dérive de l’ambiance bon enfant et utopiste (bénévoles qui déménagent toutes les installations en une nuit, naissance d’un bébé, drogues en libre circulation) vers des affrontements violents et chaotiques n’arrive pas comme un choc, mais se déroule avec une inexorabilité glaçante. La chape de plomb qui tombe sur le concert est palpable, même à travers l’écran. Quand le drame intervient, au cours des morceaux Sympathy for the devil et Under my thumb, Jagger et Cie ne maîtrisent plus rien – le rock et le flower power ne maîtrisent plus rien, comme le montre le décalage terrible entre ce que tente de chanter le groupe et les images insupportables filmées par les Maysles.

Quelque chose s’est brisé à Altamont, et les réalisateurs en sont suffisamment conscients sur l’instant pour demander aux Stones de venir visionner les images du concert quelques semaines plus tard. Leurs réactions, qui ouvrent et referment le film, montrent que contrairement aux apparences, les Stones n’ont pas échappé à l’hécatombe : comme les Beatles, comme Hendrix, eux aussi sont morts quelque part entre 69 et 70.

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Pour les retardataires, Gimme shelter repasse sur Arte dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20, à 3h du matin.

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