• A short film about the Indio Nacional, de Raya Martin (Philippines, 2006)

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Où ?
Au Saint-André-des-Arts, la seule salle parisienne (et l’une des 2 seuls en France) à passer le film

Quand ?
Lundi dernier, avant mon départ en Californie (j’ai un peu manqué de temps pour la finir, cette critique-ci)

Avec qui ?
Seul, et une dizaine d’autres spectateurs. Un seul est parti avant la fin (à 10 minutes de celle-ci, c’est bête !)

Et alors ?

A l’heure des bilans de 2008, A short film about the Indio Nacional tiendra à n’en pas douter le rôle de l’ovni parmi les sorties en salle de l’année. Il s’agit en effet d’un film
en noir et blanc, muet et sans bande-son, réalisé par un jeune homme de 22 ans, relatant les prémisses de la lutte philippine pour l’indépendance nationale au début du 20è siècle. Pour nous
français, une expérience comparable consisterait à avoir quelqu’un comme moi – et encore, je suis déjà trop vieux – filmant dans les conditions de l’époque l’affaire Dreyfus ou l’assassinat de
Jean Jaurès.


Sauf qu’un tel projet aurait beaucoup moins d’intérêt que celui imaginé et mené à bien par Raya Martin. Il n’existe en effet dans le pays de ce dernier aucun reste de l’époque du cinéma
muet ; la cinéphilie philippine est donc complètement amnésique de cette période pourtant cruciale, avec l’indépendance obtenue dans le sang contre l’occupant espagnol. Martin ne reproduit,
ne parodie ou ne rend donc hommage à l’œuvre d’aucun maître, il invente sa propre mémoire cinématographique.



J’ai écrit plus haut que le film était non seulement muet mais également sans aucune bande-son. Seul le ronronnement régulier du projecteur nous accompagne dans la découverte de ces images, un
choix qui est l’expression la plus frappante de l’intégrité totale de Martin, de sa quête d’absolu. … Indio Nacional se présente à nous comme une bobine faite de scènes
s’enchaînant de manière brute, sans montage a posteriori ; une bobine tournée par un anonyme et retrouvée par hasard, comme dans un certain… Cloverfield. Bien qu’ils se situent aux 2 extrêmes de l’éventail de la production cinématographique mondiale,
ces 2 longs-métrages partagent bel et bien une même quête d’absolu (ils ne cherchent aucune justification à leur expérimentation) et un même brouillage des frontières entre fiction et
documentaire. Les pseudo-archives de … Indio Nacional mélangent en effet arbitrairement ces 2 régimes d’images, en alternant des séquences dans la lignée des films des frères
Lumière (un enterrement, des enfants observant une éclipse) et d’autres qui développent sur plusieurs scènes successives de courts récits appliquant les dramaturgies classiques du cinéma muet -
l’humour et le mélodrame épique. Même si l’on manque de ce côté-ci du globe de la culture nécessaire pour profiter autant des aspects historiques du film que de son héritage cinéphilique, le
résultat reste de toute évidence unique, et surtout particulièrement stimulant.

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