• Harry Potter et les reliques de la mort, 2è partie, de David Yates (USA-Angleterre, 2011)

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Où ?

Au ciné-cité les Halles

Quand ?

Vendredi soir, à 20h30

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

Harry ; c’est fi-ni ; et dire que c’était les films de… de pas grand-chose en fait. Quand bien même les livres m’ont dans l’ensemble captivé, de par leur dimension feuilletonnesque monumentale – presque quatre mille pages au total – et décomplexée, leur transposition sur le grand écran a plus souvent eu du mal à me convaincre que le contraire. À une belle exception près (Le prisonnier d’Azkaban), les différents films se sont contenté d’osciller entre le médiocre – les premiers commis par l’incapable Chris Columbus, l’horripilante tentative de teen movie du Prince de Sang-mêlé – et le décent, représenté par L’ordre du Phénix. Puis est arrivée en fin d’année dernière la première partie du final qu’est Les reliques de la mort, et là c’est un horizon complètement nouveau qui s’ouvrait devant nous tant ce demi-épisode débordait de choses pénétrantes et nouvelles pour la série : de l’audace, de la noirceur, de la détresse. D’où une critique assez dithyrambique de ma part, mais qui contenait également cet avertissement tacite : « Harry Potter 7.1 est le premier à ne pas être uniquement une lecture en accéléré, plus ou moins talentueuse mais toujours mécanique, du roman dont il est tiré ». Bingo (malheureusement) : c’est exactement le travers dans lequel retombe la conclusion de la conclusion, Harry Potter et les reliques de la mort, 2è partie ou HP 7.2 pour les intimes et les empressés.

En réalité, la première partie bénéficiait surtout du même phénomène qui place habituellement les deuxièmes volets des trilogies au-dessus des autres. C’est à ce moment, entre l’euphorie du début du combat et l’apothéose de la victoire finale, que les héros sont le plus malmenés, placés face à des épreuves impossibles, inquiétés y compris dans les fondements de leur lutte. Qu’ils vivent donc leurs moments les plus tragiques et les plus saillants. Puis quelque chose – de plus ou moins bien amené – change, la situation se débloque, et après tout Empire contre-attaque vient le temps du Retour du Jedi. On aurait aimé que cette référence ne soit que symbolique et pas aussi directe ; que, au contraire de tant d’autres avant lui, HP 7.2 ne soit pas tombé à son tour dans l’erreur consistant à coller si exactement au modèle établi par le dénouement de Star wars que cela se fait au détriment de la fidélité à sa propre saga. Le canevas du scénario ne trompe pas. En ouverture, un premier numéro d’aventures et d’action quasiment indépendant de la suite et qui s’avère extrêmement divertissant, au point d’être presque ce que le film a de meilleur – c’est la mission commando dans les entrailles de la banque de Gringotts, chez les gobelins, qui remplit cet objectif ayant pour nom de code « Jabba le Hutt ». Ensuite, le rassemblement de toutes les forces vives de l’intrigue en un même lieu pour une immense bataille finale qui occupe tout le reste du film, en naviguant entre une vision d’ensemble et un zoom sur le duel dans le duel entre le leader de chaque camp – Harry vs. Voldemort, pour ceux qui n’auraient pas suivi.

Ce plan présente un défaut majeur : le manque potentiellement complet d’intérêt du combat entre les armées, puisque l’on sait pertinemment que le destin de tous se joue dans le mano a mano entre les généraux. Le caractère mécanique et forcé du script, qui réapparaît en force dans HP 7.2 après avoir disparu le temps de la première partie, aggrave ce mal. Écrasé par la somme de tâches narratives à accomplir, tétanisé à l’idée d’en omettre une, le film est souvent lourd et heurté dans son déroulement. On sent qu’il y a eu dans sa conception peu de plaisir et beaucoup de devoir, peu d’intentions et beaucoup d’obligations. David Yates fait l’effet d’un pilote ayant tellement le nez collé à son plan de route qu’il en oublie de regarder la vraie route. Sa conduite en prend un coup, forcément, avec des changements d’allure et de direction brutaux et opérés dans l’urgence. Les premiers à en payer le prix sont les personnages, pour qui HP 7.2 prend des allures de plan drastique de réduction du personnel. Tout le monde apparaît à l’écran, certes, mais la plupart pour une durée tellement réduite que cela ne rime plus à rien. Les moins malchanceux ont droit à une poignée de répliques pour jouer un pastiche unidimensionnel d’eux-mêmes (Neville le nigaud, Ginny l’amoureuse, etc.). D’autres débarquent au beau milieu d’une scène sans qu’on puisse comprendre comment ils sont arrivés là – Draco, et surtout Hagrid dont l’apparition fait à peu près le même effet que la bobine sautée par erreur dans La cité de la peur. Enfin, le plus grave concerne tous ceux dont la mort est reléguée hors champ. A ce niveau, ce n’est plus une balle mais un obus de mortier que le film se tire dans le pied.

Malgré ces erreurs et pesanteurs, HP 7.2 est quand même bien moins catastrophique que pouvait l’être Matrix revolutions, par exemple. Sur le fond, on n’y trouve aucune horreur ou grosse bêtise – à l’exception de l’épilogue d’un ridicule assez confondant, mais passons. HP 7.2 est un film moyen, dont les défauts sont au final suffisamment modérés par ses mérites pour qu’il reste regardable. Le boulot est fait, on ne s’ennuie pas même si on ne s’emballe pas vraiment non plus. Ce qui soulève son lot de regrets, car le film exhibe par instants des éclairs de beauté prouvant que le potentiel était là pour faire quelque chose de plus intense, plus marquant. Ces visions inspirées (chacune des « morts » de Voldemort), ces moments pensés en termes de cinéma (la course de Harry, Ron et Hermione à travers le champ de bataille, qui les fait croiser le chemin de toutes sortes de créatures démoniaques) attisent notre engouement puis notre désillusion une fois passés.

En définitive, la marque laissée par la série des Harry Potter au cinéma a plus à voir avec les pratiques commerciales qu’artistiques. Avec son succès jamais pris en défaut – deux milliards de dollars de recettes rien qu’au box-office américain pour les sept premiers films ; jamais moins de 250 millions par film – sur une décennie entière, et promis à se conclure en triomphe puisque HP 7.2 a d’ors et déjà battu les records absolus des plus gros premier jour et premier week-end d’exploitation, la série a fait voler en éclats la barrière mentale qui limitait l’étirement d’une franchise à trois épisodes. Pirates des Caraïbes, Fast and furious se sont déjà engouffrés dans la brèche, avec à leur tour un succès tel que d’autres suivront à n’en pas douter. Voilà une percée dont on se serait bien passé, en tant que spectateur.

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