• Promising young woman, de Emerald Fennell (USA, 2020)

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Où ?

A la maison, en Blu-Ray édité par Universal Pictures France (sorti le 25 août 2021, également en DVD et VOD) et obtenu via Cinetrafic

Quand ?

Le week-end dernier

Avec qui ?

Seul

Et alors ?

Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice et scénariste, l’anglaise Emerald Fennell (qui a commencé sa carrière devant la caméra, puis a été la showrunner de la deuxième saison de la série Killing Eve) a choisi tout sauf la facilité. Elle s’attaque de front à l’un des sujets majeurs de l’époque : la rébellion des femmes (avec le mouvement Me Too en fer de lance) contre la fonction d’objets sexuels à laquelle elles sont astreintes par défaut, génération après génération, dans la société. De plus, Fennell mène cette charge avec un récit de son invention, ambitieux et complexe, qui aspire à un subtil équilibre de ton – entre épouvante et humour, séduction et rudesse – et multiplie les protagonistes et ramifications narratives.

Ce dernier axe porte la marque des débuts de la réalisatrice, dans le domaine de la série plutôt que du cinéma. Elle crée tout un univers autour de son héroïne, Cassie, et de sa quête qui est en même temps une addiction – suite au suicide de sa meilleure amie, Nina, violée au cours d’une soirée à la fac sans qu’après coup personne d’autre que Cassie n’ait pris son parti plutôt que de défendre et excuser le violeur, Cassie passe le plus clair de ses nuits à simuler l’ivresse dans des bars et des boîtes. A chaque fois la fin de soirée est amèrement la même : un homme repère sa vulnérabilité de façade, la ramène chez lui et tente d’abuser d’elle. Cassie révèle alors le pot aux roses à son faux amant et vrai agresseur, plus dans un but d’humiliation que d’éducation. Suite à sa rencontre fortuite avec un ancien copain de fac, qui a tout du prince charmant et avec qui elle commence à flirter, durant les journées Cassie se met à remonter la chaîne de celles et ceux qu’elle considère comme coupables de non-assistance à personne en danger envers Nina à l’époque.

Ces deux pistes parallèles permettent à Fennell d’effectuer une riche cartographie de la société qu’elle décrit, balayant de multiples angles : la géographie, la temporalité jour/nuit, les différents lieux majeurs qui font une ville (tels que l’université, l’hôpital), les écarts de classe sociale. Porté.e.s par un superbe casting réuni autour de Carey Mulligan (brillante dans un rôle possédant autant de facettes qu’un kaléidoscope), y compris pour de petits rôles – Alfred Molina, Connie Britton, Christopher Mintz-Plasse… –, les personnages ont tou.te.s un même centre de gravité : elles et ils sont persuadé.e.s d’être quelqu’un de bien. Cassie est le caillou dans la chaussure qui vient empêcher le déroulement féérique de cette autofiction flatteuse, et leur rappeler la réalité de leur ambivalence morale et de leurs fautes passées, qu’elles relèvent de la malveillance ou de la démission.

Tout n’est pas réussi dans le parcours narratif, esthétique et moral de Promising young woman, loin de là. Fennell s’est clairement attaquée à un morceau un peu trop gros, et elle progresse dans son film en trébuchant plus d’une fois – mais cela vaut mieux que de rester immobile sans prendre de risques. C’est quand le style se fait un peu trop pop, le ton un peu trop fun ou jubilatoire, bref quand la cinéaste cherche à faire un pas de côté par rapport au réel, que le résultat achoppe. La résolution apportée au cheminement vengeur de Cassie glisse également dans une facilité scénaristique fabriquée un peu trop commode. Mais cela n’annule en rien la réussite du film quand il lâche la séduction pour la rudesse, le maquillage pour la réalité ; quand il gratte (comme on gratte une plaie mal refermée) ce réel qui dérange et démange, et ses effets sur les personnages. Fennell se passionne et nous passionne pour deux questions en particulier, chacune portée par un second rôle.

D’une part, le pardon et les conditions de son obtention, via l’avocat qui est le seul à entreprendre de le demander plutôt que d’enjamber cette étape d’humilité ; à assumer ses fautes au lieu de vouloir les minimiser jusqu’à les faire disparaître (ou de chercher à les faire crûment disparaître comme certains). D’autre part, on sent – encore à l’écoute du commentaire audio – la connexion de la réalisatrice avec le personnage de Meredith, témoin éloignée du viol de Nina, qui n’a rien fait de répréhensible mais n’a rien fait non plus dans l’autre sens, celui de la justice et de la vérité. Meredith est la représentante de tou.te.s celles et ceux, dont peut-être Fennell elle-même, qui ne comprenaient pas sur le moment l’horreur de certains actes absolument pas consentis qui étaient perpétués dans leur entourage ; et qui doivent dorénavant vivre avec les conséquences du dessillement moral qu’elles et ils sont parvenu.e.s à faire, qui est à double tranchant de par le sentiment de culpabilité intérieure qu’il déclenche.

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