• Prédictions, de Alex Proyas (USA, 2009)

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Où ?

A l’UGC Orient-Express, cimetière des navets science-fictionneux de ce genre

 

Quand ?

Vendredi soir

 

Avec qui ?

Ma femme, quelques spectateurs désœuvrés et les RER passant régulièrement sous la salle

 

Et alors ?

 

La plupart des navets atteignent leur but (toucher le fond) simplement en ne décevant pas les attentes générées lors de leur détection via la bande-annonce ou le synopsis. Le meilleur exemple
récent de cette tactique sans surprise mais efficace est Les femmes
de l’ombre
 : on nous promet Sophie Marceau, Marie Gillain et Julie Depardieu en résistantes commandos, et c’est exactement ce que l’on obtient, rien de plus, rien de
moins. Prédictions a lui aussi un gros potentiel de départ à faire valoir, sous la forme d’une suite de nombres rédigée il y a cinquante ans de cela par un enfant, récupérée par
un autre enfant et qui forme en réalité une liste de catastrophes dont certaines sont encore à venir.

 



Premier signe que Prédictions va aller haut, très haut (ou plutôt bas, très bas) : le gouffre entre le degré ridicule d’exactitude atteint par les informations de la dite
liste – date recalée en fuseau horaire américain, lieu à la minute d’angle près, nombre de victimes collant parfaitement à celui donné par le premier article référencé par Google – et les
crevasses béantes qui lézardent de toutes parts le scénario. Celui-ci compte visiblement sur l’amnésie du spectateur, son manque total d’intérêt ou encore ses zappings entre le film et des
programmes concurrents pour ne pas lui tenir rigueur d’un récit sans queue ni tête. Lequel accumule d’une scène à l’autre les incohérences (mention spéciale pour le fonctionnement ou l’arrêt des
appareils électroniques selon ce qui arrange le scénariste ; technique habituelle à Hollywood, ici élevée au rang d’art majeur), volte-face, redites (le dilemme hasard / Dieu est reformulé
explicitement, à l’identique tous les quarts d’heure) et culs-de-sac. Pour parvenir à un tel fatras, il faudrait – il est tellement difficile d’y croire que je ne peux m’empêcher d’employer le
conditionnel malgré le caractère indiscutable des faits : le film existe – que le script ait été écrit par une quinzaine d’individus sans lien les uns avec les autres ET que personne ne se
soit donné la peine de le relire de bout en bout.

 



Pour ne pas risquer de passer inaperçus sous un tel tsunami mais au contraire surfer sur la vague, les acteurs, les responsables des effets spéciaux et le metteur en scène se doivent d’exceller
eux aussi dans leur médiocrité. Je ne me faisais pas de souci pour Nicolas Cage, capable de soutenir le niveau de n’importe quel navet. Par contre, pour tous les autres, impossible de ne pas
éprouver une stupéfaction certaine. Il y a ainsi forcément des centaines d’enfants-acteurs poussés par leurs parents capables de mieux jouer que Chandler Canterbury – à moins que Cage l’ait
incité à en faire beaucoup trop pour lui servir de lièvre. Le réalisateur Alex Proyas s’est également mis au diapason, lui qui sera donc passé en dix ans et trois films du meilleur (Dark
city
) au pire (ici même) avec une escale pile dans la moyenne anonyme (I, Robot). Ses cadrages d’une désespérante platitude et le non-rythme qu’il donne au film
conviendraient parfaitement à un téléfilm de troisième zone et de troisième partie de soirée (sur la TNT, bien sûr). Enfin, les images de synthèse sont aussi ambitieuses sur le papier (un
accident d’avion puis un de métro, tous deux filmés avec moult plans-séquences) que ridicules à l’écran. Même les personnages virtuels de Matrix Reloaded il y a sept ans de cela -
une éternité dans les effets spéciaux numériques – étaient plus réussis. Cette faillite visuelle a au moins le mérite de nous intéresser à ces deux scènes d’action, perfusées artificiellement
dans un scénario qui les écarte aussi brutalement qu’il les a initiées.

 



Ceux qui resteront jusqu’au bout seront témoins d’un final hallucinant, et halluciné. Tout droit sorti de ce que doit être un livre du genre « Le créationnisme illustré pour les enfants
du Kentucky »
, il prend place à l’heure où la Terre rôtit sous l’effet d’une éruption solaire géante (si l’humanité trouve sa fin de la sorte, il n’y a effectivement pas de raison de
s’inquiéter des conséquences à grande échelle de nos actions). Pendant ce temps, des extra-terrestres humanoïdes et de type aryen au courant de tout ça depuis au moins cinquante ans embarquent
deux spécimens de chaque espèce – enfin, on nous montre les lapins et les cerfs mais pas de nouvelles du frelon ou du poulpe – à bord de leur vaisseau spatial. Pour nous représenter, leur choix
est aussi malheureux que les sélections françaises pour l’Eurovision : le fils de Nicolas Cage, et une gamine presque aussi tête à claques que lui. Tant pis. En même temps, ce que l’on
perçoit de leur stratégie à long terme (débarquer des espèces sur une planète ; les laisser vivre ; quand arrive une catastrophe qui met toute l’expérience à terre, recommencer de zéro
ailleurs) les place au même degré de discernement que les Shadoks.

 

Une réponse à “Prédictions, de Alex Proyas (USA, 2009)”

  1. Cookie dit :

    Ah ouais. Quand même.